Pézenas
Les vins d'hiver d'Alexander Pumpyanskiy
Prieuré Saint-Jean de Béban

Son rachat en 2008 par un oligarque russe, 200e fortune mondiale, a fait l’effet d’une bombe dans le cercle viticole. Depuis quatre ans, Saint-Jean de Bébian, haut-lieu de la viticulture héraultaise, se met donc à la méthode slave. Son jeune propriétaire, le financier Alexander, rêve d’un grand avenir international pour l’ancien prieuré grâce à un plan d’investissement sur 10 ans.
Ils ne sont pas nombreux, les vignerons de la région, à pouvoir se vanter de servir leurs vins à Ekaterinbourg, la capitale de l’Oural !
Alexander Pumpyanskiy le fait depuis 2009. « Ekaterinbourg, c’est le cœur de l’origine », insiste, dans un français parfait, le jeune homme en charge du prieuré Saint-Jean de Bébian et de ses 32 ha de vignes plantées au XIIe siècle.
À 24 ans, l’oligarque russe a été parachuté dirigeant du domaine après des études financières à Genève (bachelor en gestion d’entreprise, diplôme de Chartered Financial Analyst). Alexander l’expatrié sourit donc à l’idée que son père, Dimitri, peut boire désormais quotidiennement dans sa lointaine Russie ce vin fort apprécié des Russes, malgré les premières réticences des importateurs.
« Ce sont des vins d’hiver, structurés et puissants, qui vont bien avec la cuisine russe », assure-t-il. Il paraît qu’ils s’accordent à merveille avec les spécialités de l’Oural telles que les pelmeni (des tortellinis fourrés à la viande) et les macaroni po-flotski (à la viande hachée).
L’œnologue maison depuis 2004, Karen Turner, confirme : « ce sont des vins gastronomiques avec beaucoup de structure, le genre idéal sur un gibier ou un plat en sauce ». Plus encore que le vin, l’œnologue du prieuré apprécie la gestion d’Alexander, « douce » et « dans la culture slave », dit-elle. « On me demande de respecter un style et la réputation qu’a acquise le domaine. »
Car, le rachat en 2008 de ce haut-lieu de la viticulture héraultaise, remanié pendant quinze ans par Chantal Lecouty et Jean-Claude Le Brun de La Revue du vin de France, avait fait l’effet d’une bombe et nourrit les inquiétudes.
Derrière le nouvel acquéreur, le milliardaire Dimitri Pumpyanskiy, homme d’affaires actionnaire majoritaire de TMK (producteur de pipelines), les gens du vin ont depuis découvert un fils passionné de vin, Alexander. Le jeune homme, qui en plus de Pézenas, gère à Genève le portefeuille financier familial via la société SINARA, assure qu’« il n’y a pas de volonté de changer le vin de Bébian. Mon père, qui est grand amateur de crus, a acquis ce prieuré par coup de cœur. »
Les premiers pas feutrés d’Alexander Pumpyanskiy dans la vigne se poursuivent aujourd’hui avec succès : arrêt de la grande distribution, infiltration du marché russe et débouchés à l’export (65 % du chiffre d’affaires de l’entreprise) vers la Chine et les États-Unis. « Nous voulons imposer une vision à long terme. Mon père est un industriel. L’amour de la production, c’est dans notre culture familiale », confirme-t-il.
À partir de 2012, la stratégie d’avenir devrait se mettre en place : achat de vignes, rénovation de la chapelle qui date de 1152, agrandissement de la cave, etc. Alexander Pumpyanskiy a même engagé un vaste projet de renouvellement du vignoble, confié à Olivier Trégoat (oenologue et ingénieur agronome, il a réalisé la cartographie des sols de château d'Yquem, château Lafitte, etc.).
L’idée est bien d’offrir au prieuré, qui fêtera ses 860 ans en 2012, une seconde jeunesse : « Nous ne nous prétendons pas vignerons, mais nous avons la passion du vin. J’apporte mon expertise de financier. Le but étant de faire découvrir ce grand domaine aux pays émergents, comme nous l’avons découvert en 2008… »
Texte : Idelette Fritsch
Photo : Edouard Hannoteaux
Prieuré Saint-Jean-de-Bébian – route de Nizas – 34120 Pézenas – Tél. : 04 67 98 13 60 - www.bebian.fr
|