Pyrénées-Orientales -
Calce
Le virtuose de l’arôme
Domaine Padié

Il incarne cette nouvelle génération de vignerons bio qui refusent les artifices dans le vin. À Calce, sur les terroirs montagneux de la vallée de l’Agly (66), le Bourguignon Jean-Philippe Padié, 34 ans, a su capter l’énergie catalane et la restituer dans ses vins. Avec Petit taureau, Fleur de cailloux et Ciel liquide, il signe des cuvées telluriques, avec une belle colonne vertébrale de fraîcheur.
Il rêvait d’être musicien. Il est devenu vigneron, pour « retrouver ses racines paysannes ». Et c’est à 15 km de Perpignan, à Calce - un micro-village au milieu de la garrigue avec en toile de fond le Canigou enneigé - que Jean-Philippe Padié a trouvé son « décor, juste ce qu’il faut d’idyllique ». Partout, de minuscules parcelles courent au milieu des combes, sur ce rocher calcaire fracturé par la naissance des Pyrénées. Il y a une sorte de « Calce paradoxe » : ce vignoble de poche, marqué par une grande diversité géologique (marnes noirs, schistes, argilo-calcaires, marnes roses et grises), donne aux vins « une belle complexité aromatique ». Dans ce village, on observe aussi une étonnante concentration de vignerons bio (5 domaines), venus cultiver « l’authentique » et frôler la perfection avec des vins qui comptent parmi les plus belles signatures de la région. Jean-Philippe Padié est l’un de ces viticulteurs, tous plus ou moins disciples de Gérard Gauby (LA référence au village et en Roussillon). Frappé au cœur par la magie des vins bio, il cite volontiers le précurseur des vins naturels, Claude Courtois : « C’est mon 1er vin bio. J’ai pris une claque ! Il y a tant de vie là-dedans, ça vibre, ça vous emplit la bouche. Ces vins sont très versatiles, pas toujours présentables, mais ils ont un tempérament fou. La voie n’était pas fermée, j’ai voulu essayer.»
Une mosaïque de terroirs
Sorti ingénieur agronome en viti-oeno de L’ENSA Montpellier (aujourd’hui SupAgro), ce Bourguignon originaire du Sud-Ouest passe deux ans comme chef de culture au Mas Amiel à Maury (66), puis deux autres chez le fameux Gauby, son voisin calcéen. En 2003, le vigneron sort du bois et rachète 6,5 ha de vignes (aujourd’hui 15 ha dont 2,5 en fermage) perdus au milieu du romarin, de la santoline et du thym, « avec un raisin qui se nourrit de cette présence aromatique constante. »
Un vignoble qui s’épanouit aujourd’hui dans la biodynamie, conduit avec des rendements très faibles (15 ho/ha) et labouré au cheval quand le dévers trop prononcé empêche le passage du chenillard. Jean-Philippe Padié a réuni une trentaine de micro-parcelles, à partir desquelles il compose en vrai virtuose de l’arôme. Jonglant avec cette mosaïque de terroirs, il se fixe de sacrés challenges avec comme seule ligne de conduite la vérité de son travail et la sincérité qu’il met à faire ses vins. Ses cuvées Petit taureau, Fleur de cailloux, Ciel liquide et Calice sont autant d’hommages qu’il rend à la vigne. Et la vigne, elle aussi, se montre reconnaissante.
« C’est une vieille mère, elle s’acclimate à toutes sortes de terroirs, c’est une plante pérenne qui traverse le temps », s’émerveille le vigneron.
À la cave, ses arrière-grands-parents paysans, Émile (dit pépé Milou) et Louise, couvent du regard le jeune homme. Il les a, d’ailleurs, réunis pour la postérité dans un blanc, Milouise, qui fait la synthèse entre des grenache blancs vendangés sur la fraîcheur, tendus et minéraux, et la rondeur des grenache gris. À déguster sans plus attendre.
Texte : Idelette Fritsch / Photo : Christine Caville