A

AUX ABATTOIRS Chillida défie les lois de la nature

Présentée aux Abattoirs, à Toulouse, l’exposition « la gravedad insistente » transcende le caractère expérimental de l’œuvre du sculpteur basque Eduardo Chillida pour irradier l’espace de façon spectaculaire. Monumental.

Du toit au sous-sol, la sculpture d’acier de 2,5 tonnes, suspendue à un fil, semble léviter, transperçant l’architecture des Abattoirs. « À l’origine, Beaulieu devait être accrochée dans l’Ab- baye éponyme en Aveyron mais son poids n’avait pas permis un accrochage dans cette position initiale » précise Valentin Rodriguez, conservateur du patrimoine, directeur des collections des Abattoirs.

Après Tapiés et Spoerri, le Musée-FRAC de Toulouse poursuit son exploration transfrontalière (Espagne-Italie) des grandes figures artistiques de l’après-guerre en consacrant une exposition monographique au sculpteur Eduardo Chillida (1924-2002). « Le projet de cette exposition, qui a pour point de départ une visite des Peignes du vent à Saint Sébastien, a pour objectif d’approfondir la vision initiatique de l’œuvre de l’artiste espagnol » poursuit Valentin Rodriguez.

Conçue avec le soutien de la Fundacion Eduardo Chillida-Pilar Belzunce, et enrichie de prêts de collections publiques et privées, « La gravedad insistente » rassemble plus de 60 œuvres tout support (sculptures, papiers découpés, albâtres…) et tout format (du minimal au monumental).

Architecte du vide

Échappant au jeu de l’abstraction brute, l’œuvre de Chillida évacue toute forme d’académisme. Gravitation, inversion des lois physiques, légèreté, vide… le cheminement de l’exposition, tout en cohérence et thématique (notamment celle des 4 éléments : eau, terre, air, et feu), donne à voir l’essentiel – l’émotion, intense et fébrile à la fois. S’essayant à l’idée de l’apesanteur, Chillida renverse les codes de la sculpture traditionnelle, il apprend à désapprendre. Il utilise le feu, le chalumeau, la forge, évacue l’idée du socle, déstructure, utilise le vide qui devient un facteur de sens, de construction d’espace. Indéniablement, Chillida fait partie des artistes inventeurs créatifs qui ont révolutionné la sculpture analyse le directeur des Abattoirs.

Que ce soit dans ses collages (sans colle) évoquant Calder ou dans ses sculptures d’albâtre, « la forme devient espace et se dilue dans la clarté. » Eduardo Chillida n’aura jamais cessé de s’interroger sur la forme et l’espace, mais aussi sur le rapport de l’art à la nature. Profondément humaniste, il voulait créer sur la montagne de Tindaya (sur l’île de Fuerteventura) « un grand espace intérieur, et l’offrir à tous les hommes de toutes races et de toutes couleurs ; une grande sculpture pour la tolérance ». Une maquette et des croquis permettent de mieux saisir cette belle utopie. On ressort de cette exposition subjugués, avec l’envie de foncer à San Sébastian. Là, au bout de la jetée battue par les marées, trois sculptures gigantesques amarrées à des rochers, telles des ancres. En écho à son rêve universel, on se dit que l’âme du sculpteur de l’intemporalité flotte sans doute ici, entre mer et ciel.

CategoriesNon classé