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L’incroyable histoire du Château de Gudanes

Il était une fois un château oublié, perdu au sein de la nature sauvage des Pyrénées ariégeoises, jusqu’au jour où un couple d’Australiens et leurs enfants eurent le coup de foudre pour son charme particulier. L’endroit était, au-delà de leurs rêves les plus fous, une promesse de bonheur en France. Ainsi a débuté l’aventure incroyable de cette famille pour redonner vie au Château de Gudanes.

Tout a commencé lors d’un séjour en France de Jasmine, la fille de Karina et Graig Waters. L’idée germe dans la tête de Graig, qui suit sa fille sur Internet et jette un coup d’œil sur les publicités immobilières propo- sées en ligne. La famille se prend à rêver d’un lieu de villégiature loin de son pays d’origine. Au départ, le couple pense à acheter une ferme, idéalement sans rénovation. Leur fils Ben repère alors par hasard sur Internet un château à vendre. Curieux, les Waters se laissent gagner par cette folle idée et font le voyage pour le découvrir. Quand en 2011, ils passent les grilles du château de Gudanes, ils sont immédiate- ment saisis par la beauté à couper le souffle du site : « En traversant le lieu, nous avons eu l’im-pression de pénétrer dans un autre monde, celui d’un rêve ou d’un conte de fées, nous avons perdu le sens de la réalité et notre imagination nous a emporté, se souvient Karina Waters. Nous nous sommes instantanément sentis connectés avec ce lieu, niché dans une vallée montagneuse, entouré de fleurs sauvages délicates et d’oiseaux chantant : il était tout simplement impossible de résister au château de Gudanes ! »

Enthousiasmés, les Waters envisagent pour la première fois la possibilité de passer plus de temps en France, une fois les études des enfants terminées. « Avant même de savoir ce que nous faisions, nous roulions vers le Midi- Pyrénées, captivés par les montagnes enneigées et les champs de tournesols de la France rurale ».

Le réveil du château

Mais acheter un château en ruines, qui plus est dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, n’a pas été chose facile pour les Waters. Il leur a fallu près de trois années pour finalement acquérir le château et ses 12 hectares de parc en 2013. Le bâtiment est classé monument histo- rique de classe I, au même titre que le château de Versailles et la Tour Eiffel. Le couple a très peu d’expérience en architecture et en restauration de vieux bâtiments. Répondre aux exigences des Monuments historiques a demandé du temps : réunir les divers docu- ments, présenter des plans, obtenir toutes les autorisations nécessaires… Pendant ces longs mois d’attente, la famille prend la mesure de cette toute nouvelle aventure. « Il est devenu clair pour nous que nous devions apprendre à nous adapter lentement au château, plutôt que de forcer celui-ci à s’adapter à nous, explique Karina. Ne pas précipiter les choses, mais plutôt prendre le temps de vraiment comprendre son passé, trou- ver les meilleures idées pour que la restauration conserve son importance historique et soit durable dans le temps. Il nous fallait comprendre le proces- sus et non pas simplement terminer dans les délais impartis. Le Château de Gudanes ne sera jamais reconstitué pour ressembler exactement à ce qu’il était. Au lieu de cela, l’importance de sa restaura- tion réside dans le fait de garder les choses aussi authentiques que possible, dans le maintien de son intégrité ».

Le château a été construit en 1745 par Ange- Jacques Gabriel, – architecte du Petit Trianon et de la place de la Concorde – à la demande de Louis Gaspard de Sales, marquis de Gudanes, surnommé le « roi des Pyrénées ». Il est édifié sur une ancienne forteresse remontant au XIIIe siècle, dont le site offre une vue exceptionnelle sur la montagne et la vallée. Laissé à l’abandon depuis de longues années, le château de Gudanes reprend vie peu à peu, sous l’impulsion formidable de la famille australienne. Mais les travaux de rénovation se révèlent titanesques. La bâtisse est à moitié effondrée. Il faut d’abord consolider l’ensemble. « En fait, lorsque nous avons fait une offre pour acheter le château, Craig et moi n’avions vu que quatre salons, raconte Karina. Les quatre-vingt- dix autres pièces du château étaient inaccessibles car elles n’avaient plus de plafond ni de plancher. Il y avait de la moisissure, des champignons et des herbes sur les murs, des arbres poussaient à l’intérieur et sur le toit restant du château ! ». Pendant la première phase des travaux, 500 tonnes de gravats ont été enlevées de l’intérieur de la structure pour ensuite remonter murs, plafonds et planchers. Aujourd’hui, la bâtisse est en pleine restauration. Certaines pièces sont habitables, les salles de bains avec vue sur la montagne en cours de création. Entourée d’architectes et d’artisans, aidée par des bénévoles, la famille australienne met la main à la pâte et emploie de jeunes travailleurs du village de Château-Verdun qui apprennent ainsi de nouveaux métiers.

Une restauration très suivie sur les réseaux sociaux

Au début de l’histoire, Jasmine et Ben sont encore scolarisés à Perth, Craig obligé de conti- nuer à travailler pour soutenir le projet. Seule Karina fait des aller et retours entre la France et l’Australie, assumant la responsabilité de la restauration du château. Pour rester en contact avec ses proches et partager la progression des travaux, elle décide de créer un blog et une page Facebook. Très vite, l’histoire de la restaura- tion rencontre un intérêt inattendu sur le blog et les réseaux sociaux. Aujourd’hui, l’aventure des Waters au Château de Gudanes est suivie dans le monde entier par plus de 415000 followers sur Facebook et 318 000 followers sur Instagram, dont la majorité sont australiens et américains. La famille partage la vie au château au travers de photos et vidéos mettant en scène des moments rares au fil des saisons : l’arrivée de la neige, Noël au château, la préparation de recettes traditionnelles avec les villageois, un mariage dans le parc, le quotidien des artisans, un dîner aux chandelles, la création d’un jardin médiéval d’herbes médicinales… L’art de raconter une belle histoire pour nourrir l’imagination et l’émotion de futurs visiteurs.
Pour soutenir financièrement la restauration, les Waters mettent en place des événements, ateliers et opérations commerciales. Ils ont également ouvert une boutique en ligne. « L’année dernière, nous avons eu notre premier mariage officiel au château, le premier depuis plus d’un siècle, c’était donc une occasion très spéciale à bien des égards », explique Karina. Au cours des derniers étés, le château a également ouvert ses portes à des hôtes pour des séjours de 3, 5, 7 ou 10 nuits dans le cadre d’expériences thématiques centrées sur la restauration, la cuisine ou les antiquités. Ils peuvent aussi participer s’ils le souhaitent, aux différentes activités organisées chaque jour – randonnée, yoga, équitation, canoë, cours de cuisine française, visites des grottes mésolithiques de la région et des villages et châteaux environnants… La liste est longue ! ». Le château de Gudanes envisage aussi de proposer une série de concerts classiques l’année prochaine.

Au fil du temps, les Waters ont changé leurs valeurs et leur mode de vie pour s’adapter au château et embrasser ses imperfections. « Nous avons appris la simplicité et la paix de vivre sans les facilités auxquelles nous étions habitués, en vivant avec douceur comme on le fait dans cette partie de la France depuis des siècles. Nous ne prévoyons pas d’installer trop d’électricité pour plutôt vivre une expérience authentique telle que les gens la vivaient au XVIIIe siècle, à la lueur des chandelles ».

Karina Waters

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