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Quand le Design s’en mêle

LE DESIGN VIT UNE VRAIE RÉVOLUTION AU CONTACT DES MÉTIERS DE L’ARTISANAT.


« Le design dans les métiers d’Art a permis d’élargir les perspectives, d’ouvrir de nouveaux débouchés aux artisans d’art et de valoriser la démarche design pour développer l’entreprise artisanale vers de nouveaux marchés. » Anne-Marie Sargueil, Présidente de l’Institut Français du Design.

Allier création, savoir-faire et ergonomie, dans des logiques de marché ! L’artisan est un technicien sans vision créative et commerciale, le designer fait des produits en série… deux stéréotypes ancrés dans notre culture. Pourtant, capacité à créer, envie d’apporter des solutions à une problématique, besoin de qualité de travail : artisan et designer, sont deux profils fortement liés.

Salon Ob’Art
© Aurelia Blanc

L’artisanat, nouvelle génération

Le terme d’artisanat est souvent associé à des pratiques archaïques. Bien que le « Vintage » soit tendance, on lui reconnait peu de plus-value innovante et économique. Alors qu’au contraire, l’artisanat est source de création et d’expérimentation nécessitant :

  • une expertise technique,
  • la maîtrise d’un savoir-faire,
  • une ouverture d’esprit,
  • une approche transversale des pratiques.

L’artisanat se réinvente dans notre monde un peu paradoxal où se mêlent hyper connexion et un besoin profond de ré-ancrage et de recherche de valeurs (contribution du consommateur, auto-fabrication). Nous constatons un intérêt grandissant pour le geste artisanal, le toucher de la matière, un véritable éloge à la « main » comme en témoigne le succès des journées européennes des métiers d’art, des salons Ob’Art organisés par les Ateliers Art de France. L’artisanat révèle une révolution de la production par la transmission d’un savoir-faire, la redécouverte des valeurs portées par l’artisanat et surtout une remise en question de la production industrielle d’aujourd’hui. Ce constat est appuyé par la tendance du tourisme industriel de plus en plus plébiscité. Ainsi, cette année a été inauguré à Venise le premier salon Homo Faber. Les meilleurs artisans de Venise ont ouvert leurs ateliers aux journalistes et particuliers afin de faire découvrir un savoir-faire ancestral perpétué par cette renaissance de la qualité, du beau et de l’unique.

C’est quoi le design ?

En adoptant la perspective d’un chef d’entre- prise souhaitant lancer un nouveau produit, ce serious game permet de voir que le design intervient à chaque étape de la vie d’un projet et s’intègre pleinement dans la stratégie d’in- novation de toute entreprise.

L’augmentation de chiffre d’affaires est la première conséquence positive perçue par les entreprises ainsi qu’une augmentation de la valeur financière de l’entreprise, ressentie par plus de la moitié des entreprises interrogées. Pour beaucoup d’entreprises, le design apparait comme une compétence clé. Enfin c’est très majoritairement l’appréciation du client direct qui sanctionne la performance du design.

« En 2017, designers et artisans travaillent main dans la main. L’artisanat dépoussiéré s’émancipe au point d’oser ressusciter des métiers comme celui de dominotier, très en vogue au XVIIIe siècle, avant le papier peint en rouleau. Ou de réinventer la dinanderie. Cette nouvelle génération n’est pas tout à fait le fruit du hasard. Il y a quinze ans, la menace qui planait sur les savoir-faire a suscité une prise de conscience. La mode la première a sauvegardé ce patrimoine qui lui était indispensable : plumassier, brodeur, parurier. La déco a suivi, portée elle aussi par les maisons de luxe et les institutions. Tous mettent en avant une génération brillantissime et passionnée, le symbole d’un renouveau profond qui éclot enfin. » Paris Match, 16/04/2017

Alors comment vit-on cette petite révolution des savoir-faire et du design dans notre région Occitanie ?

Nous avons rencontré Elisabeth Vidal, née à Montpellier mais qui a passé de longues années dans le pays du design, l’Italie. De retour sur nos terres depuis 5 ans elle a su mettre son expérience au service des meilleurs artisans de notre région. Elle nous raconte :

INTERVIEW : ELISABETH VIDAL

Comment et pourquoi le design ?

© Mary Gaudin

Dans mon enfance, j’étais attirée par le « faire », l’usage de mes mains pour créer les objets de ma pensée. De petite taille, ils entraient en harmonie avec mes mains et ma pensée. J’utilisais la matière qui se présentait à moi, en observais les qualités intrinsèques mais sans avoir de préférences. Je cherchais simplement à utiliser un processus de fabrication approprié à sa transformation. Je crois que je faisais du design pour moi-même. J’aime observer nos paysages d’objets, les écouter, regarder les parcours gestuels qu’ils induisent. J’ai pratiqué cette discipline dès mon plus jeune âge, notamment à table. Ma toute première expérience professionnelle dans le design s’est déroulée autour d’objets liés au monde agricole. La seconde m’a rapportée à l’art de la table, la troisième m’a permis de découvrir le design d’un espace en mouvement, celui d’un train. Ces trois premiers « actes » m’ont fait prendre conscience de la richesse de cette démarche qu’est le design, dans l’exploration sans limites qu’offre le processus créatif.

Comment faire concilier l’artisanat d’art avec le design?

Si l’artisan d’art peut travailler seul, le designer en revanche ne peut exister sans ses alliés que sont l’expert du savoir-faire et celui du développement commercial. Création, production et distribution sont trois maillons inséparables, et leur développement parallèle est nécessaire. On constate souvent que la place du designer aux côtés d’un artisan d’art interroge, voire dérange. Par tradition, l’artisan d’art exerce ces trois fonctions dont je parlais précédemment. Bien que sa véritable expertise réside dans le développement de son savoir-faire, faire appel à un expert du design, voire à un expert commercial pour assurer avec eux le développement de la création et de la distribution peut lui sembler une étape difficile à franchir. J’ai souvenir d’une phrase qui m’avait beaucoup touchée à la fin d’une mission impliquant différents savoir- faire d’un même territoire. En regardant l’ensemble des projets exposés, que j’avais dessinés, un maroquinier m’avait dit : « dans ces objets, je nous reconnais tous ». C’est un compliment qui m’est allé droit au coeur. La pratique du co-design génère de nouveaux défis pour l’artisan dans l’exploration des limites de son savoir-faire et pour le designer dans l’investigation de la matière et du process pour les mettre en écho avec notre contexte, tous deux visant une fin commerciale. Dans notre contexte global de communication et de marché, le co-design est une véritable source d’innovation.

Blowbowl : Coupe en céramique pour K+ Kumagai à Kyoto, Japon

Pouvez-vous nous parler de vos expériences en France et à l’étranger ? Quelles sont les différences ?

Après mes études au sein d’une formation parisienne, j’ai intégré un cours de Master en Design à Milan. Mes premières conquêtes collaboratives, sortes de « classes » en tant que free lance, ont eu lieu en Italie. J’ai été très surprise et séduite par l’accueil qui m’était réservé en tant que designer. Fières de l’intérêt porté à leur production, les entreprises que je rencontrais étaient très à l’écoute des propositions ou du simple regard porté vers leurs savoir-faire. Je sentais dans ces échanges, leur goût du défi, une envie d’explorer de nouveaux horizons. Vingt ans de carrière ont suivi avant mon retour en Occitanie. Comme jusque là ma pratique du design en France se limitait pratiquement à mon parcours d’études, mon retour fût une sorte de second exil.
En Italie, mon travail avait partiellement perdu la proximité avec la production qui m’était si chère, car mes partenaires avaient délégué la production à des pays à main d’oeuvre moins couteuse. Il se trouve qu’en arrivant en France, j’ai eu la joie de retrouver cette proximité en participant à des projets avec des filières artisanales, portés par des collectivités territoriales. J’ai tout de suite été attentive à entretenir la liberté acquise dans mon parcours italien, ainsi que mon envie de partager. Tantôt mon travail est focalisé sur le design des objets proprement dits, tantôt sur leur présentation, par le biais du design d’une exposition ou d’un évènement. C’est dans cette dimension de communication dans un espace de vente que j’ai accompagné le collectif de l’Atelier de Recherche Céramique des potiers de Saint-Jean-de-Fos, notamment au Salon Ob’Art.

Ces dernières années j’ai eu l’occasion de travailler en collaboration avec des entreprises japonaises, l’objectif étant de créer des objets valorisant leur savoir-faire ancestraux japonais, en adéquation avec nos usages et codes occidentaux contemporains. La notion de partage culturel fût très forte dans cette expérience. En ce moment j’ai l’opportunité de développer une expérience de co-design avec un groupe de femmes originaires du Maghreb vivant en Occitanie. Elles possèdent de splendides savoir-faire textiles que nous allons tenter de faire chanter dans des objets destinés à un marché transversal contemporain, loin de celui qu’elles ont pu connaître dans leurs métiers et pays d’origine.

Frisage sur le dos de l’écritoire « a gonfie vele ». Collaboration avec l’ébéniste Pierre Mandile, Fleurance, Gers

Voyez-vous une évolution ces dernières années ? Pourquoi ?

Ces dernières années, les entreprises artisanales françaises prennent conscience des atouts que peut générer l’expertise d’un designer. Par ce biais, nombreuses sont celles qui réussissent à inscrire leur production dans le paysage contemporain international. De façon générale, les initiatives de binômes artisan/designer sont de plus en plus répandues et promues, l’exposition « Doppia Firma » en parallèle de la grande exposition Homo Faber à Venise qui présente de magnifiques réalisations des Métiers d’Arts européens, en est un bel exemple. Il est intéressant de souligner l’évolution des formations à double cursus. Dans ce cas, l’artisan designer aborde le design autour d’une filière, d’un matériau.

Il me semble important de parler de l’évolution de l’outil numérique qui dans certains cas co-fabrique en toute légitimité avec « l’outil main » dont la vitalité reste et restera inégalable. Avec l’évolution des outils numériques, les atouts de la main brillent de mille feux, aussi bien dans la phase d’élaboration avec la pensée, que dans la phase
de production pour la vitalité du résultat. Combiner les deux, un mode de fabrication hybride peut porter de nouvelles amplitudes à des processus de fabrication et à l’impact esthétique des produits.

La fabrication additive 3D est aussi une ressource intéressante au service de l’innovation entre artisans d’art et designers. Utilisée de façon spécifique elle ouvre de nouveaux champs d’actions à certaines filières.
Pour respecter l’identité du savoir- faire, tout en ouvrant des pistes vers de nouveaux marchés, il est fondamental que l’artisan, le designer, et éventuellement le partenaire commercial débutent l’aventure projet de concert, dans un partage d’expertises et de désirs.

IndigU by Kinuya : série d’objets en cuir teinté d’indigo naturelle à Tokushima, Japon.

ELISABETH VIDAL ET LOU COMBRES ACCOMPAGNENT LES Potiers de Saint-jean-de Fos

Atomes, claustra réalisé par Barbara Lefort
© Gaudin Mary – CCVH

En 2016 la Communauté des Communes Vallée de l’Hérault a initié une démarche fort intéressante après avoir effectué un diagnostic des métiers d’art de son territoire. La céramique avec les Potiers de Saint-Jean de Fos est le métier le plus représenté et le mieux organisé.

L’atelier Jean Paulet est donc créé en 2016 à Saint-Jean-de-Fos et est devenu un véritable lieu de recherche pour les 10 potiers qui s’y réunissent régulièrement. Les travaux sont orientés sur une réflexion de l’espace de vie, celui des particuliers mais également des lieux de convivialité de la restauration à l’hôtellerie. Du claustra de séparation de pièce, balustrade de mezzanine ou d’escaliers, à des luminaires et tables, les créations évoluent en permanence.

Accompagnés par Elisabeth Vidal (designer) et Lou Combres, les potiers de cet atelier apportent des réponses pour l’harmonie au quotidien, tout en redonnant une place à la céramique. La force du collectif a permis de participer au Salon Ob’Art en 2017 et 2018 avec une scénographie réalisée par Elisabeth . Sortir des murs, créer autre chose que de la céramique utilitaire pour entamer un vrai dialogue avec le public et les professionnels.

Isabelle Julien, céramiste depuis 21 ans, s’est installée en 1998 à Saint-Jean-de-Fos. Elle prend plaisir à participer à l’Atelier qui lui permet de réfléchir « différemment », ensemble, et d’imaginer des objets qu’elle n’aurait pas pu réaliser seule comme « Le Mikado » : ce sont des bambous de céramique colorés et lumineux qui peuvent être un claustra intérieur ou extérieur. Pour le réaliser elle a réfléchi avec Elisabeth et a apprécié sa connaissance des matériaux et sa vision du design dans l’objet.

Barbara Lefort, passionnée d’histoire du patrimoine et médiatrice culturelle à Saint-Jean-De-Fos est aussi céramiste. Elle a imaginé des atomes de terre, qui assemblés, forment un paravent ou des luminaires. Le travail avec l’Atelier et Elisabeth lui permet de réaliser une œuvre monumentale. Le regard et l’accompagnement du designer sont autres et ses conseils techniques sont de vrais échanges. « Avec Elisabeth, j’ai pu réaliser des attaches pour les différents atomes beaucoup plus belles avec des liens en lamelles de cuivre, matériau auquel je n’aurais pas pensé. »

Isabelle et Pascale ont l’impression de s’insérer dans la modernité et surtout elles ne sont plus seules. Le partage, l’échange, l’accompagnement ont transformé leur quotidien.

Cette belle idée initiée par la Communauté des Communes est aujourd’hui une réalité marchande car Isabelle et Pascale ont vendu leurs paravents et ont de nouvelles commandes.

« Nous recherchons des financements, nous les accompagnons au niveau administratif alors qu’au départ nous avions juste un rôle de moti- vation. Cette réussite n’aurait pas pu avoir lieu sans les personnalités de chacun, sans l’aide de Lou Cambres et l’apport du designer » raconte Marie-Hélène Ivorra, Directrice de l’action Culturelle. Nous avons fait le pari de la nouveauté et nous avons réussi !

La prochaine étape est la préparation et réalisation du Salon Maison&Objets 2020. Avec une équipe aussi motivée et douée , avec ces savoir-faire uniques, l’expérience de ce grand salon va permettre aux professionnels de découvrir les œuvres des Potiers de Saint-Jean-De-Fos.

Ob’Art expose la vitalité des métiers d’art

C’est une histoire d’amour qui dure entre Montpellier et les métiers d’art. Après avoir accueilli pendant presque 20 ans le Festival International du Film sur les Métiers d’Art, la ville est plus que jamais ouverte aux artisans d’art avec le salon Ob’Art.

Du 12 au 14 avril 2019 au Corum, le salon Ob’Art mettra en avant les objets de créa- teurs – bijoux, céramiques, luminaires, mobilier… Initié par Ateliers d’Art de France, Ob’Art Montpellier a pour vocation de faire connaître la richesse des métiers d’art, principalement d’Occitanie, auprès du grand public. Ce salon à taille humaine permet au visiteur d’aller à la rencontre de plus d’une centaine de créateurs, de partager leurs inspirations et de faire l’acquisition de pièces coup de cœur. Les exposants sélectionnés par un jury d’experts doivent répondre à deux critères : concevoir et fabriquer des pièces uniques ou des petites séries dans leur atelier et faire preuve d’une maîtrise de leur savoir-faire. « Ob’Art offre l’opportunité aux artisans d’art de valoriser et vendre leurs créations, de transmettre leur savoir-faire auprès des jeunes, mais aussi d’élargir leur réseau professionnel et de montrer, pour certains, leur capacité à produire à façon », explique Sonia Rios, responsable du salon Ob’Art. Durant trois jours, Fabienne Auzolle (Pézenas) présentera ses sculptures en céramique émaillée, La LanguOchat (Pézenas), ses suspensions lumineuses aériennes en fil métallique, Cousu d’Acier (Montpellier), son mobilier design, La Feuille de Bois (Saint Gély du Fesc), ses créations en bois et marqueterie… Des ateliers sur des savoir-faire souffrant d’un déficit d’image, comme la laine cardée ou la vannerie, seront proposés aux visiteurs, ainsi que des animations pédagogiques prévues par le lycée Georges Guynemer d’Uzès.

Par son rayonnement culturel, touristique et économique, Ob’Art s’inscrit pleinement dans les objectifs de la Ville et de la Métropole en matière de commerce et d’artisanat. Philippe Saurel souhaite en effet développer cette filière d’excellence en soutenant l’installation d’artisans d’art sur Montpellier et le territoire métropolitain. Une volonté récompensée récemment par l’obtention du label Ville et Métiers d’art, qui favorise la transmission de savoir-faire d’exception.

BÉNÉDICTE COLLOT, DIRECTRICE DE DESIGNHEURE

Installé à Sète, Designheure est un éditeur de luminaires contemporains élégants et ingénieux répondant aux besoins de particuliers comme à ceux d’architectes, décorateurs et concepteurs lumière.

Comment choisissez-vous les designers avec lesquels vous voulez travailler ?

Le critère humain est important. Les designers doivent comprendre l’ADN de Designheure et faire avancer l’image de marque de l’entreprise, tout en respectant son savoir-faire, les compétences développées et les services déjà offerts aux clients. Il faut donc beaucoup d’écoute et de créativité.

A+ Architecture, théâtre Jen-Claude Carrière à Montpellier
© Marie-Caroline Lucat
Collection Eau de Lumière. Lustre 4 rectangles, finition bois.

Comment se déroule le processus de fabrication ? Fabrication française à 100 % ou sous-traitance sur une partie du processus ? Pourquoi ?

Tout est fabriqué en France. Nous collaborons à la partie design et nous faisons toute la partie mise au point : prototypage, recherche des matériaux et des fabricants. Nous dessinons chaque pièce et nous envoyons les plans techniques chez les industriels pour une fabrication en série. Le montage, l’assemblage, l’électrification et la certification des luminaires, ainsi que l’emballage et l’expédition sont réalisés au sein de l’atelier. Designheure est un trait d’union entre la création et les industriels.

Quelles vont être pour vous les tendances 2019/2020 ?

L’idéal est d’être précurseur des tendances. Il faut un an à 18 mois pour développer un luminaire, nous ne regardons donc pas trop ce qui se fait et restons ainsi différents et authentiques. Nous partons plutôt des besoins du marché en termes de configuration de services pour apporter un luminaire dont la fonction est un « plus » : Mozaik, panneau lumineux de séparation, propose une solution d’agencement de l’espace pour un lobby d’hôtel, un restaurant, un bureau ou un salon.

Comment imaginez-vous l’avenir du design en France ?

En France, le design me paraît encore trop sectorisé à un domaine conceptuel, alors
qu’il devrait être complètement intégré aux industries. Les écoles de design devraient être mieux connectées au monde de l’entreprise afin de mieux prendre en compte les contraintes industrielles. Les designers comme les architectes devraient pouvoir se spécialiser dans le luminaire.

STÉPHANE CLIVIER, FONDATEUR DE REINE MÈRE

Soucieuse de l’homme et de l’environnement, la maison d’édition toulousaine intègre les règles de l’écodesign et de l’éco-conception aux objets qu’elle dessine ou édite.

Comment choisissez-vous les designers avec lesquels vous voulez travailler ?

Nous avons souvent travaillé avec des designers amis. Nous recevons régulièrement des propositions spontanées de projets. Nous réalisons aussi beaucoup de choses en interne. Nous avons récemment collaboré avec le studio de design toulousain GirlGang pour une collection de papeterie.

Comment se déroule le processus de fabrication ? Fabrication française à 100 % ou sous-traitance sur une partie du processus ? Pourquoi ?

Comme nous proposons des objets made in France à un prix relativement abordable, nos contraintes en matière de fabrication, matériaux et coûts sont importantes. Nous essayons de trouver des astuces pour que le produit ne soit pas trop cher à fabriquer. Nous lançons des objets en petite série. La fabrication est 100 % française : dans le Jura pour les petits objets en bois, à Sorèze pour les meubles, à Toulouse pour la papeterie… Reine Mère se charge en interne de l’assemblage, du collage, des finitions, de la mise en boîte. En ce moment, nous développons des accessoires autour du bureau.

Trophées Sylvestre

Quelles vont être pour vous les tendances 2019/2020 ?

Le végétal est dans l’air du temps, surtout avec les problèmes climatiques, la pollution du plastique et des microparticules. Le bois reste une valeur sûre.

Comment imaginez-vous l’avenir du design en France ?

Je l’imaginerais avec des designers un peu plus au service de la personne et de l’environnement. Ceux-ci devraient intégrer une vraie démarche dans la conception du produit, bien étudier le cycle de vie de celui-ci, de l’extraction des matières premières jusqu’à l’enfouissement, l’incinération, le recyclage ou la réutilisation de ce produit.

RUDY IOVINO, CRÉATEUR DE LA MAISON D’ÉDITION OXYO

Oxyo a été créé en 2011 entre Montpellier et Béziers par Rudy Iovino, ancien chef d’entreprise pour l’aéronautique, passionné de design depuis de longues années.

Comment choisissez-vous les designers avec lesquels vous voulez travailler ?

Au départ Oxyo a été créé pour réaliser des pièces de design issues de mon savoir-faire en aéronautique. Je désirais casser les frontières entre intérieur et extérieur et réaliser une première collection synonyme de qualité et d’audace. J’ai choisi le
Studio Brichet-Ziegler car ils étaient jeunes, innovants et avaient le sens
de la poésie. De cette collaboration est née Week-end, un ensemble de mobilier coloré aux formes arrondies pour l’extérieur. Dans un second temps, ma collaboration avec la ville de La Grande-Motte pour réaliser du mobilier à l’image de l’architecture de la ville m’a amené à rencontrer François Azembourg, reconnu pour son travail expressif de mise en forme des matériaux. Aujourd’hui, mon choix est différent, je réédite du mobilier des années 50 qui associent le rotin, le bois et l’acier. J’ai choisi Abraham & Rol, les « jeunes loups » du design français des années 50 contemporains de Pierre Paulin ou Joseph-André Motte. Leur œuvre est internationalement reconnue et correspond à mon désir premier d’éditer du mobilier in-out de grande qualité. Ces pièces sont aujourd’hui exposées comme pièces iconiques des années 50, au musée du centre Georges Pompidou et au musée des arts décoratifs de Paris.

Table AR36 © Alexia Roux

Comment se déroule le processus de fabrication ? Fabrication française à 100 % ou sous-traitance sur une partie du processus ? Pourquoi ?

Pour ces nouvelles rééditions les meubles en rotin sont travaillés en Indonésie, ce sont les meilleurs artisans de ce matériau très tendance aujourd’hui. Par contre
ce sont des petits ateliers que nous avons rencontrés et en qui nous avons confiance car leur travail est remarquable. Pour toutes les pièces en bois, nous allons au Portugal car ils connaissent parfaitement les différentes essences de bois et savent comment les travailler. Là aussi nous avons des artisans uniques qui aiment leur travail.

Quelles vont être pour vous les tendances 2019/2020 ?

Le vintage est à la mode et le restera encore longtemps. Il est remarquablement mis en valeur dans un intérieur moderne et peut se mélanger avec des pièces très actuelles. Cette tendance correspond parfaitement au développement d’Oxyo avec l’édition des pièces les plus emblématiques de Janine Abraham et Dirk Jan Rol dont le fauteuil AR 02, une pièce iconique de 1957 en acier ou inox et noyer ou chêne clair. La collection Citron en rotin naturel a retrouvé toute sa modernité avec les coussins revus avec les tissus Dedar : une simplicité rustique toute en douceur plait à l’extérieur mais aussi dedans, dans une véranda ou simplement dans un salon chaleureux et contemporain.

Comment imaginez-vous l’avenir du design en France ?

J’ai envie de penser que les nouvelles générations vont aimer les belles pièces et redécouvrir le design des années antérieures. Le retour vers des matériaux nobles comme le bois massif, le marbre, le rotin est indéniable. Le mélange de savoir-faire anciens et de technologie actuelle va permettre de nouvelles possibilités comme d’associer différents matériaux entre eux et de fabriquer avec peut-être plus de durabilité. En tous les cas, les designers français sont une source de renouvellement et de création importante dans le monde du design.

SANDRA SALAZAR, RESPONSABLE DU NOUVEAU SHOWROOM PARISIEN DE MONOLITHE ÉDITIONS

Showroom Monolithe Éditions, rue Madame à Paris.

Monolithe est un nouvel éditeur de mobilier contemporain haut de gamme, né en 2016 sous l’égide d’Éric-Jean Floureusse, un toulousain amoureux des années 50 et du savoir-faire français.

Comment choisissez-vous les designers avec lesquels vous voulez travailler ?

Eric-Jean Floureusse rencontre des designers dont les goûts correspondent aux siens, des personnes sincères et originales, loin du marketing actuel. Le ton voulu doit représenter un art de vivre humaniste et hédoniste. La première collection de Monolithe éditions est née sous le signe d’une rencontre avec trois jeunes designers, Julie Pfligersdorffer, Pierre Dubourg et Piergil Fourquié. Création plurielle sous le signe de la rencontre et de la simplicité, elle a donné naissance à un ensemble cohérent et intemporel.

Cette année Guillaume Delvigne vient compléter l’équipe et dévoile un fauteuil en restant fidèle à la ligne directrice du « classique contemporain » voulu par l’éditeur. Pierre Dubourg est le chef de projet de Monolithe, il coordonne, développe et met en avant mobilier et objets de caractère. Un véritable coup de cœur d’Éric-Jean pour ces designers où le design sert l’usage et où la beauté rime avec intemporalité. Héritiers du modernisme à la française dont ils font une relecture contemporaine, les meubles Monolithe empruntent parfois à la tradition, avec la lampe en verre soufflé L88 de Julie Pfligersdorffer, inspirée de nos emblématiques brasseries parisiennes et de leurs globes lumineux.

Comment se déroule le processus de fabrication ? Fabrication française à 100 % ou sous-traitance sur une partie du processus ? Pourquoi ?

Miroir Kalós, design Pierre Dubourg

Monolithe produit des meubles aux lignes claires et sensuelles, élaborés à partir de matériaux nobles comme l’acajou, le chêne, le marbre, l’ardoise, le laiton, le verre soufflé. Le mobilier et les objets en bois sont fabriqués au Portugal dans un pôle artisanal. Leur savoir- faire est ancestral, il correspond à notre volonté de fabriquer du haut de gamme. Tous les détails sont importants et les artisans portugais connaissent parfaitement ces matériaux et aiment le travail bien fait. Pour tous les autres matériaux, nous recherchons des ateliers en Europe, nous ne partons jamais très loin afin de pouvoir facilement les rencontrer et leur exprimer nos besoins.

Quelles vont être pour vous les tendances 2019/2020 ?

Nous ne suivons pas les tendances mais seulement notre envie de créer des objets design beaux, pratiques et intemporels. Cette année, notre collection s’élargit avec les miroirs Kalós de Pierre Dubourg à la surface texturée de laiton brossé ou silestone et le lampadaire L88 dessiné par Julie Pfligersdoffer. Pour nous, les tendances seront donc une continuité de notre collection, un même esprit chic&contemporain et des lignes années 50.

Comment imaginez-vous l’avenir du design en France ?

L’avenir du design en France c’est la mise en avant de notre artisanat, de savoir-faire anciens mais peut-être mal utilisés. Les matériaux nobles devraient être sur le devant de la scène afin de pouvoir réaliser du mobilier de grande qualité. Le design minimaliste semble un peu abandonné au profit d’un design qui mêle tradition et modernité. Faisons vivre la création française !

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