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Road Trip à Bicyclette

Une envie de prendre des chemins détournés et de découvrir villages et châteaux le long du fameux canal du midi. À l’ombre des platanes, le long de l’eau, à la rencontre de vacances simples et authentiques sans bruit, sans voiture, loin de notre quotidien trépidant. De Toulouse à la mer Méditerranée sur les voies de halage on part découvrir une abbaye, un vignoble, un lac, un château… Nous enfourchons notre vélo pour 6 jours de bonheur au gré du canal !

240 kms de balade sous les arbres conçu par Paul Riquet au XVIIe siècle : 64 écluses ovales ou rondes, 7 ponts-canaux, 55 aqueducs, 126 ponts en dos d’âne. Cette merveille est classée au patrimoine de l’Unesco depuis 1996. Lorsque Paul Riquet (1604-1680) Baron de Bonrepos présente à Colbert son projet il le traite de farfelu mais Louis XIV trouve l’idée séduisante. Et en 1666, les travaux démarrent et durent 14 ans. 12 000 hommes creusent le canal à la pelle, captent les ruisseaux de la Montagne Noire pour alimenter le canal, plantent des milliers d’arbres et créent les 350 ouvrages d’art qui jalonnent le canal dont les 9 écluses de Fonséranes, une œuvre exceptionnelle aux pieds de Béziers, ville native de Paul Riquet. C’est lui, le fermier des gabelles, qui durant les 20 dernières années de sa vie, va mettre en œuvre son génie visionnaire pour ouvrir cette nouvelle voie commerciale de Toulouse à Sète. En joignant l’Atlantique à la Méditerranée, elle évite aux navires de contourner la péninsule ibérique, où taxes et dangers abondent. Paul Riquet mourra ruiné mais sa famille récupèrera la mise puisqu’il avait négocié avec le Roi l’entière propriété du canal. En 1681, la première liaison Atlantique-Méditerranée existe et de Toulouse à Sète on ne voyageait plus qu’en bateau. Depuis le début du XXe siècle le canal est laissé aux plaisanciers.

JOUR 1

Toulouse – Gardouch 43 kms

© Marie-Aude Sibourd

Après une nuit douce à La Villa du Taur aux pieds de la Basilique Saint-Sernin, nous partons récupérer nos beaux vélos en face de la Gare Matabiau. Ce sont des vélos tout terrains habillés de sacoches latérales pour transporter notre pique-nique et petites affaires! Quelques minutes plus tard nous longeons le Port Saint Sauveur, le Jardin des Plantes et le musée d’arts asiatiques Georges-Labit. Bientôt nous quittons la capitale occitane pour retrouver le chemin de halage bordé de platanes et notre première écluse ; l’écluse de Castanet ! Face à l’écluse nous sortons notre pique-nique, assis dans l’herbe et dégustons charcuterie et tomates achetées le matin même au Marché Victor Hugo. Nous prenons le temps de boire notre café au petit bistrot de l’Écluse à l’ombre des parasols.

Le Lauragais
Bientôt, nous entrons dans le Lauragais, le célèbre pays de cocagne où poussait le pastel. Collines à perte de vue, clochers-murs, plaines agricoles et arrêt à Montesquieu-Lauragais, hameau bâti autour de 1670 avec une char- mante chapelle dédiée aux bateliers. Nous continuons notre chemin jusqu’au port de Gardouch et ses maisons colorées, notre première étape. Les teintes sont superbes et le pont de pierres et de briques qui surplombe le canal nous plait beaucoup. Pour cette première nuit près de l’eau nous avons choisi un moulin du XVIe siècle. La vue est unique sur les Pyrénées et la campagne environnante. Une belle piscine face à la nature nous invite à nous rafraichir. Nous dînons sous la pergola au fond du jardin et apprécions le menu à la tombée de la nuit. Bientôt La Grande Ourse apparaît dans le ciel pur et nous rejoignons notre chambre.

JOUR 2

AGardouch – Bram 45 kms

Après quelques tours de pédales, nous quittons les bords du canal pour rouler sur une belle route en crète qui nous offre des panoramas magnifiques. Nous entrons dans le village d’Avignonet-Lauragais, haut-lieu du catharisme. On raconte que Le 28 mai 1242, le tribunal d’inquisition, dirigé par Guillaume Arnaud et Étienne de Saint-Thibéry se tenait dans la cité. Plusieurs hommes, dirigés par Pierre-Roger de Mirepoix et aidés par les gens d’Avignonet massacrent pendant leur sommeil les inquisiteurs et leur suite, à coups de hache, faisant ainsi onze victimes.

C’est un village perché sur les collines dont les remparts témoignent des vestiges du château du XIe. Puis nous traversons le petit hameau de Montferrand autour d’une écluse ovale au point le plus haut du canal. L’endroit est charmant, sauvage et silencieux. Enfin le seuil de Naurouze, site de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, est l’endroit idéal pour notre pause déjeuner à La Minoterie, ancien moulin et lieu unique. Les eaux de la Montagne Noire sont collectées dans un immense bassin octogonal avant d’alimenter la voie navigable. Après cette pause historique et chaleureuse cap vers Castelnaudary !

Les berges du canal sont champêtres et nous croisons peu de monde malgré ce temps estival. Bientôt nous entrons dans ce joli petit port (capitale du Lauragais) connu pour ses savoureux cassoulets. La vieille ville est somptueuse avec son immense plan d’eau et ses vestiges. Nous sommes obligés de nous arrêter à la Maison Escudier pour acheter confits et foie-gras ! La campagne est douce jusqu’à la charmante abbaye de Saint-Papoul dont le cloître roman vaut le détour avant de retrouver le canal à Bram et notre nouvelle chambre pour la nuit.

Nous avons décidé de dormir sur l’eau dans la charmante péniche Kapadokya ! On s’installe sur la terrasse et on apprécie la vie du canal, quelques péniches remontent doucement avant de trouver un endroit pour la nuit. Les oiseaux se chamaillent, et le ciel prend des couleurs orangées qui se reflètent sur l’eau. Après une promenade dans le village « en circulade » construit autour d’une belle église du XIIIe, nous nous attablons à l’île aux Oiseaux sous les ampoules colorées.

JOUR 3

Bram – Carcassonne 27 kms

La cité médiévale de Carcassonne
© Julien Roche

Le paysage se transforme et les collines vertes laissent place à des coteaux rocheux et des vignes. Nous passons plusieurs écluses avant d’entrer dans le village médiéval de Villeséquelande. Un immense ormeau planté au XVIIe par Sully ministre d’Henri IV est toujours debout, avec des béquilles mais debout !

Nous prenons un jus de fruit à l’épanchoir de Foucaud, vestige du nouveau canal ouvert en 1810. L’endroit est atypique avec ses petites cabanes de bois et sa terrasse ombragée. Nous avons bien pris nos marques et la balade à vélo malgré les kilomètres parcourus est de plus en plus agréable. Quand on parvient sur les rives de l’Aude surgissent les impressionnantes murailles de la cité médiévale de Carcassonne et l’on se sent tout petit face à cette cité ancestrale. Centre du pouvoir des comtes de Carcassonne puis de la célèbre famille Trencavel au XIIe siècle, elle devient, suite à la croisade des Albigeois (1209-1229) où les forces royales s’emparent de Carcassonne, accusée de complicité avec les Cathares, une place forte royale gouvernée par un sénéchal. Au XIXe siècle, la ville est au bord de la démolition et sert de carrière de pierres. Pendant plus de 50 ans (de 1853 à 1911), Viollet-le-Duc et son successeur Paul Boeswillwald lui redonnent son aspect médiéval.

Nous déambulons toute la journée à la découverte du château Comtal, de la Basilique. Nous nous perdons dans les ruelles pavées et rejoignons en fin de journée notre nouvelle péniche amarrée à l’écluse d’Herminis à 6kms de la ville. Elle s’appelle Mirage et tout de suite nous apprécions le calme et la beauté de cette nouvelle chambre sur le canal. Grand luxe nous pouvons même nous décontracter dans un jacuzzi à l’avant de la péniche !

JOUR 4

Carcassonne – Homps 50 kms

Peu après Carcassonne, le tracé du canal nous conduit en Minervois.
Le premier village d’origine romaine est Trèbes avec sa belle église du XIIe. On franchit le canal par un pont romain à 5 branches construit par Vauban et on se perd dans les rues avant de faire une pause au bar du petit port.

Le canal change de couleur, la végétation s’étoffe et quelques kilomètres plus loin le village de Marseillette en surplomb offre une jolie vue sur les vignes. Avant l’écluse de l’Aiguille nous découvrons un endroit parfait pour notre pique-nique puis nous prenons le temps de découvrir les surprenantes oeuvres d’art de l’éclusier Joël Barthes, des sculptures élancées de bois et de fer.

Les vignobles se font de plus en plus nom- breux. Les collines de la Montagne Noire se font plus présentes. À La Redorte, village per- ché au dessus du canal avec son château et ses belles maisons on s’arrête à l’épanchoir de l’Argent-Double dessiné par Vauban, construit pour évacuer le trop plein d’eau pendant les crues ou pour vider le canal.
Les charmants villages viticoles se succèdent, chacun doté de son petit port.

Homps à la frontière des Corbières et du Minervois sera notre nouvelle étape nocturne. L’activité fluviale est ici importante et anime tout le village. Nous parvenons au cœur de Homps dans un jardin odorant et fleuri, notre chambre d’hôte. C’est une grande maison avec une piscine à l’abri des regards et bordé de palmiers, un petit paradis pour nos jambes et bras fatigués. Après notre baignade, nous dînons divinement sur une terrasse ombragée avec vue sur le canal au fameux restaurant « En Bonne Compagnie ».

JOUR 5

Homps – Béziers 55 kms

Les 9 écluses de Fonsérannes
© Hervé Leclair – Asphéries

Le canal est sinueux ce matin mais les vignes forment un décor graphique dans le petit matin. Nous avons rendez-vous au Château de Paraza qui fût la résidence de Pierre-Paul Riquet pendant les travaux du canal. Toute la famille Danglas est à pied d’œuvre ! Annick et Pascal ont abandonné Paris pour réaliser un pari fou : racheter, rénover et s’occuper des vignes du Domaine de Paraza. Leurs 3 enfants, motivés par la passion de leurs parents les ont suivis dans ce petit village du Minervois et toute la famille travaille ensemble à l’amélioration de l’habitat et du vin. C’est magnifique et nous découvrons avec grande surprise le caveau et l’orangeraie. Les chambres immenses sont un savant mélange d’ancien et de contemporain. Nous dégustons quelques cuvées et nous faisons le serment de pouvoir revenir sur ses terres pour tester la vie de château.

Nous filons vers le délicieux village du Somail où les bateaux glissent sous le vieux pont de pierre surmonté d’une chapelle qui a les pieds dans l’eau ! C’est un bel endroit où nous aimerions rester plus longtemps mais ce soir nous dormons à Béziers et le parcours est encore long. Le canal coupe une jonction qui relie Narbonne mais nous continuons notre route en direction d’Angeliers puis nous longeons la vallée de la Cesse avant d’entrer dans le petit port de Capestang où nous décidons de déjeuner sur l’herbe. Le village est dominé par une tour-clocher gothique de 43 mètres de haut et de la collégiale Saint-Etienne. Nous nous infiltrons dans l’église du XIIIe pour admirer les dimensions du clocher et les vitraux. C’est toujours fascinant d’imaginer la construction d’une telle tour. L’atmosphère est silencieuse et apaisante. L’après-midi démarre par une route ombragée qui mène à l’Oppidum d’Ensérune qui serait les vestiges d’une ville préromaine du VIe siècle avant J.C. Puis l’étang asséché de Montady dévoile ses couleurs mauves et dorées sous le soleil, des plants de tomates et de blé plantés en étoile autour d’un fossé principal. C’est magique !

L’étang asséché de Montady
© Fromabove

Mais bientôt nous empruntons le tunnel de Malpas (173 m) creusé sous la montagne par Colbert et nous découvrons la fameuse cascade des 9 écluses de Fonsérannes, l’ouvrage majeur du Canal.

Nous admirons un long moment un bateau monter au rythme des bassins qui se vident et se remplissent. L’ensemble du site vient d’être restauré avec intelligence. La journée se termine avec notre entrée dans Béziers dominée par sa cathédrale. La cité ancienne avec ses ruelles tortueuses, ses hôtels particuliers et ses gargouilles est séduisante. La Gourgasse Vieille notre maison d’hôtes vient d’être rénovée et nous apprécions notre « studio vintage » aux couleurs actuelles ! Sur place un superbe restaurant avec vue sur le jardin nous permet d’apprécier plus encore cette halte méridionale.

JOUR 6

Béziers – Sète 50 kms

C’est notre dernière étape et nous voulons en profiter alors levés tôt nous pédalons sur le quai du Port Neuf et empruntons la piste cyclable en direction de Agde. C’est un parcours facile qui nous donne le temps d’apprécier l’avifaune des marais de l’Estagnol, la quiétude du port de Cassafières, ou les ouvrages remarquables que sont les écluses du Libron et le pont de Saint-Joseph. L’ancienne cité grecque est bien agréable en matinée et nous posons pied à terre pour nous promener sur les allées du marché et acheter nos fruits, notre pain et quelques olives pour la journée. Après Adge, nous devons suivre la rivière Hérault qui se glisse parmi les roselières des lagunes du Bagnas, moment fort de nature. C’est là que nous dégustons notre léger déjeuner en compagnie des oiseaux et des batraciens. Le spectacle est saisissant entre l’envol des flamands roses et le concert des grenouilles !

Puis, au bout du chenal, une pause au phare des Onglous, c’est un peu le « bout du monde », car c’est ici que le Canal du Midi prend fin dans les eaux salines de l’étang de Thau. Mais l’aventure n’est pas tout à fait terminée, puisqu’une piste cyclable des plus confortables nous guide jusqu’à Sète en longeant les plages méditerranéennes. L’occasion est trop belle nous courrons vers l’eau bleue ! Quel bonheur la mer est délicieuse et ce grand bain face à la corniche de Sète est revigorant. Nous avons pédalé pendant 6 jours et découvert des paysages changeants, des étapes formidables qui nous donnent envie de redécouvrir certains villages et châteaux.

Encore quelques efforts pour rejoindre notre chambre d’hôte sur le Mont Saint-Clair. Mais c’est le paradis avec un accueil et une vue exceptionnels !

JOUR 7

Sète

Sète vue de l’étang
© Maynard

La douce ébullition du port de Sète, construit par Louis XIV pour doter le Canal du Midi d’un débouché sur la mer nous séduit et le charme de cette ville maritime qui a inspiré maints artistes est réel. Nous déjeunons de quelques huîtres de Bouzigues et d’un poisson grillé sur le port avant de profiter du sable, de la mer et du vent !

Revenir au point de départ
Les trains directs (environ 2h de trajet) sont sur réservation et demandent un supplément de 10€ pour réserver un emplacement vélo. Vous pouvez aussi prendre le TER en changeant à Narbonne (environ 2h40 de trajet).

Les points d’eau
La carte papier du Canal du Midi, que vous pourrez vous procurer gratuitement un peu partout, n’est pas très claire. La meilleure technique consiste à demander aux éclusiers.

Où trouver à manger ?
Il y a souvent une petite supérette quelque part où vous trouverez de quoi faire un pique-nique, demandez aux passants. De plus, certaines écluses accueillent aussi de petites épiceries ou de ravissantes guinguettes aux terrasses ombragées.

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Le Vélo Voyageur est une agence de voyage spécialisée dans les voyages à vélo et propose d’organiser tout le séjour : vélos (ou vélos électriques), sacoches, hébergements, transport des bagages, fiches avec cartes détaillées.

Les guides
L’application Canal du Midi. www.canal-du-midi.fr
Un blog : carnetdescapades.com

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