R

ROAD TRIP oenologique au féminin

Une balade au cœur des vignobles d’Occitanie pour découvrir des femmes d’exception. De vignes en vignes en passant par des villages médiévaux et des châteaux, nous vous embarquons dans un road-trip insolite, à la découverte des domaines viticoles et des femmes qui les conduisent au travers de paysages façonnés par le vent, le soleil depuis des millénaires. Entre collines et plaines, le récit amusant sur les secrets de ces femmes différentes et de leur héritage.

JOUR 1

Montpellier-le Pic Saint-Loup

Vignes devant le Pic Saint-Loup.
© Les Images de Tom

À l’aéroport nous prenons possession d’une superbe Fiat 500 avec laquelle nous allons parcourir 300 kms au travers du Languedoc et du Roussillon. Le vin est un art à part entière qui participe à l’éveil des sens et fait la fierté de ceux qui le servent et le reçoivent alors cap sur le Domaine de La Chouette du Chai à quelques kilomètres au nord de la capitale languedocienne.

C’est un cap, c’est un roc, c’est un pic qui domine la plaine et il a pour nom le Pic Saint-Loup, la montagne préférée des montpelliérains dont le nom provient d’une légende d’amour médiéval. On quitte rapidement les abords de l’aéroport pour emprunter une route magnifique dans un paysage de garrigues, entre les ombres des Cévennes au loin et les chênes verts. Le Pic Saint-Loup forme une sculpture géante aux pentes escarpées, véritable belvédère naturel. Au détour d’un virage le Domaine de la Chouette du Chai créé récemment par Sylvie Guiraudon et sa petite équipe, Olivier, maître de chai, œnologue, et Ali, homme de terrain.

En 2014, ils décident ensemble un nouveau départ sur ces 13 hectares entre falaises et garrigues en cultivant en bio et biodynamie et très vite le succès est là. Sylvie nous emmène dans son chai rénové par les Compagnons du Devoir pour nous expliquer le travail du vigneron et nous propose de goûter le nouveau millésime. « C’est là » nous dit-elle « que se transforme la chrysalide en papillon dans l’obscurité de la cave ».

Après un déjeuner frugal de pain, de figues et fromages nous partons arpenter les chemins argileux pour mieux découvrir les vignes et les paysages incroyables de ce bout de terre.

Le soleil est haut et nous décidons une baignade en eau vive dans les gorges de l’Hérault du côté du pont d’Issensac. C’est un vrai bonheur de plonger dans les vasques d’eau fraîche et de s’allonger sur les pierres chaudes les yeux fermés. Des rapaces survolent les gorges et lancent un cri dans le ciel bleu.

Nous rejoignons le Castellas pour découvrir un jardin ombragé, des murets de pierres sèches et une vue époustouflante sur la nature et le Pic. Les cigales chantent toujours et nous partons vers le Lac de Cécéles à quelques encablures du village de Saint-Mathieu-de-Tréviers.

Nous prenons à pied un chemin de cailloux pour apercevoir rapidement une étendue bleu profond bordée d’arbustes et de plages de sable. Sur un côté une cabane sur pilotis accueille un restaurant au doux nom de Guinguette des Amoureux. Nous nous installons face au lac pour un dîner joyeux aux accents du sud.

JOUR 2

Le Pic Saint-Loup- ASaint-Saturnin – Pèzenas

Vignes AOC Pézenas.
© D.R.

Après une douce nuit aux effluves de thym et de romarin nous reprenons la route direction Saint-Saturnin sur les Terrasses-du-Larzac. La route est sinueuse mais traverse de beaux villages médiévaux et des étendues sèches de pins parasols et de chênes.

Viols-Le-Fort sur un petit causse couvert de garrigues et de taillis de chênes est un village fort sympathique pour boire un café. Une balade autour des remparts et à l’intérieur de l’enceinte, dans les ruelles qui ont su conserver un charme authentique, permet d’apprécier pleinement ce joli site. Nous nous arrêtons au show-room Focus admirer les fameuses cheminées élancées de son créateur Dominique Imbert. Leur design est connu dans le monde entier.

Bientôt nous retrouvons les Terrasses du Larzac entre les hautes terres du Massif Central et la Côte Méditerranéenne. Marie Archimbaut qui a repris le Domaine de son arrière grand-père avec beaucoup de plaisir nous accueille avec un grand sourire. « Je crois que j’ai hérité de la  » Passion  » la passion de la Terre, la passion de mon terroir, la passion de mon paysage, la passion du métier, l’envie et surtout cet attachement viscéral à ma Terre ».

Son domaine est composé de 30 hectares cultivés en bio et le vignoble a une situation géographique particulière.

Avec des amplitudes thermiques jour / nuit pouvant atteindre plus de 20 degrés en été, la maturation lente et progressive des raisins est favorisée et fait naître des vins d’une grande complexité aromatique et d’une remarquable fraîcheur, fruits d’une dominante climatique liée à l’altitude du plateau du Larzac.

Marie ressemble à son vin et comme son métier requiert une grande force de caractère elle ne se décourage jamais. On ne se lasse pas de l’écouter nous raconter son quotidien et très simplement elle nous convie à partager son déjeuner sur sa terrasse face à ses vignes. Au cours du repas elle nous conte sa vie de femme « différente » et l’arrivée d’une nouvelle cuvée en Octobre 2019. Elle se nomme La Suite car au Domaine d’Archimbaud on aime écrire les suites aux choses.

Nous reprenons la départementale pour rejoindre Pézenas et Molière.
Son centre historique garde tout le charme des demeures bourgeoises de la fin du XVIe. Un dédale de ruelles pavées sert d’écrin à la Maison Consulaire, ancien siège du pouvoir municipal, qui abrite aujourd’hui la Maison des Métiers d’art. Là se tenaient, jusqu’au milieu du XVIIe, les sessions des États du Languedoc. Nous visitons ce cœur historique préservé et entrons dans les ateliers des artisans pour découvrir leur savoir-faire traditionnel: ébéniste, coutelier, tisserand d’art, ferronnier, émailleur, marbrier, créateur de bijoux… Nos pas nous mènent aussi à la découverte du patrimoine religieux : la chapelle des Pénitents noirs transformée en théâtre au XIXe siècle, la chapelle du couvent des Ursulines qui possède un mobilier remarquable, la collégiale Saint-Jean et son trésor. Une ville chargée d’histoires où il fait bon déambuler aux heures les plus chaudes de la journée.

Très proche de la ville, les Loges des Vignes installés dans une vigneronne de pierres blondes, cultive son hospitalité au pied des parcelles de la famille Paul Mas, sur l’Ile de Conas. Les vents crissent un murmure en guise d’accueil. Une maison totalement rénovée par Ludivine et Raphaël pour se sentir comme chez soi et admirer les vignes en profitant du jacuzzi ou en écoutant des vinyles.

On est tellement bien dans notre belle chambre vintage que nous dînons d’une simple planche de fromages, de petits-pots salés et de pain de campagne pour ne jamais quitter des yeux les étendues viticoles.

Au lever du soleil, la luminosité rase les vignes et nous éveille doucement.

JOUR 3

Pézenas – Murviel-lès-Béziers – Béziers

Le Domaine Terre des Dames.
© Olivier Maynard

Nous quittons à regret les Loges pour reprendre la Départementale 13 en direction de Murviel-Les-Béziers. Sur la route nous prenons le temps de nous arrêter à Magalas perché sur une colline. De la période moyenâgeuse le village conserve des pans de mur, des échoppes, une tour, deux enceintes ainsi que des ruelles en «circulades » et des places récemment restaurées et fleuries avec goût, des passages voûtés et trois portes qui s’ouvrent aux points cardinaux. Son style correspond à l’architecture militaire du 13e et 15e siècle. Le village commence à s’animer et nous rejoignons le chemin qui nous mène au Domaine Terre des Dames.

Lidewij nous accueille avec son plus beau sourire. Dans sa vie d’avant elle était stratège dans la publicité à Amsterdam. À 30 ans, l’appel de la nature est le plus fort. Avec son ex-mari ils avaient entendu parler du nouveau monde du vin en France : le Languedoc, la région où tout était possible. Ils s’installent sur ses terres arides et apprennent une nouvelle vie. Terre des Dames a encore la même structure qu’il y a 200 ans : des petites parcelles sur des différents niveaux, entourées de murets et garrigues. On sent le thym, le romarin, il y a des fleurs sauvages, des abeilles, des papillons… Ici, on n’applique aucun pesticide ou engrais de synthèse, l’équilibre naturel étant parfait en soi. Tous les raisins sont vendangés à la main et triés sur une table de tri.

Lidewig a 3 filles et d’après « les vieux du village », dans les années trente aussi il y avait déjà trois « belles dames » à cet endroit. D’où le nom, Terre des Dames !

Avec seize ans d’existence, Terre des Dames est maintenant un domaine stable et réputé que Lidewij gère avec son salarié perfectionniste Jean-François Huc, sa femme Géraldine et une équipe loyale de saisonniers. Lidewij retourne vers son mas du XVIIIe et, sur ses bons conseils, nous partons déjeuner à Roquebrun. Son microclimat propice à la floraison des mimosas, des citronniers et des plantes exotiques lui vaut d’être surnommé le petit Nice de l’Hérault. Nous trouvons un bistrot avec terrasse et vue sur l’Orb, le cours d’eau qui traverse le village.

Repas léger de grillades et salade avant de rejoindre la base nautique pour une escapade sportive en canoës. Au pied de la tour médiévale, nous retrouvons nos embarcations pour une balade entre potagers et rives sauvages, jusqu’aux anciens moulins de Roquebrun. Cette promenade aquatique nous permet de reprendre la route en pleine forme.

Nous entrons dans Béziers en fin de journée pour retrouver près des arènes la Villa Guy, hôtel particulier du XIXe siècle réhabilité il y a seulement 3 ans en chambres d’hôtes de luxe. C’est un enchantement de déambuler dans les salons au mobilier contemporain et objets choisis. Les moulures au plafond, les vitraux et soubassements se mêlent avec délice à la modernité. Le jardin à la Française réalisé par le fameux Jean-Claude Nicolas Forestier est un cheminement enchanteur entre les sculptures de marbre, le patio andalou et les fontaines. Nous nous installons dans notre chambre « Jean Magrou » où les bleus se bousculent, où un esprit jeune et chaleureux se dégage.

À quelques pas de la Villa, le restaurant Petit Pierre du célèbre Pierre Augé nous accueille dans sa maison aux quatre ambiances. Nous optons pour le patio propice aux douces soirées d’été et nous régalons du menu surprise « Je fais ce qui me plait ».

L’ambiance est très joyeuse, la décoration bohème et les plats plein de saveurs. Une adresse incontournable dans le Béziers des temps anciens.

JOUR 4

Béziers – Montlaur

Après un petit-déjeuner en compagnie des statues 1920 de Jean Magrou de la Villa, nous quittons la ville méditerranéenne pour rejoindre dans l’Aude le village de Montlaur. Plus précisément le Clos de l’Anhel où Sophie Guiraudon est devenue vigneronne en 2000. Depuis les vignes, la montagne d’Alaric avec ses barres rocheuses offre au paysage sa beauté naturelle. Le Clos de l’Anhel ce sont 10 hectares sur le terroir de Lagrasse, la part belle au Carignan pour l’envie de se faire plaisir et de faire plaisir.

Pour mieux comprendre cette langue de terre entre Carcassonne et Narbonne, au cœur des Corbières, la ferme équestre du Plo nous propose le Pays Cathare à cheval. Alizée, nous mène au Val de Dagne en passant par le Pont Romain de Rieux-en-Val. 18 kms de randonnée champêtre riche d’histoires, de paysages, et de productions locales. À 18h nous retrouvons le Père André, chanoine pour une visite de l’Abbaye de Lagrasse, une des plus importantes et des plus belles abbayes du sud de la France.

Entre vignes et garrigues, à l’entrée du petit village de Montlaur, le Domaine du Château de Montlaur fait figure d’oasis de calme et de fraîcheur au coeur d’une nature à la beauté sauvage. Ce lieu hors du temps est une invitation à la douceur de vivre. Nous nous abandonnons à une petite heure de farniente dans la piscine face au château, sublime baignade réservée aux locataires de la Suite de la Bastide À la nuit tombée le village de Pradelles-en-Val nous ouvre les portes d’un lieu atypique, Chez Bourdasso, un italien égaré dans les Corbières. La famille Antonini arrivée de Rome il y a peu de temps, fabrique sa propre mozzarella avec son élevage de bufflones élévé au pied des Corbières. Un délice de cuisine aux accents chantants de la belle Italie.

JOUR 5

Montlaur – Collioure

Laetitia Pietri-Clara dans ses vignes.
© D.R.

Nous prenons le temps de savourer le calme et la beauté de notre Suite du Domaine au sein du très beau jardin du château face à la spectaculaire allée de platanes. Nous rejoignons la départementale 214 direction Collioure et la grande bleue. Fenêtres ouvertes, nous profitons des senteurs matinales et des routes de traverse pour mieux admirer les villages de Leucate, de Salses et son fameux château féodal, de Rivesaltes avant d’atteindre les prémices de la route du bord de mer. Elle est là, face à nous, magnifique dans son immense manteau bleu, la mer Méditerranée.

Laetitia Pietri-Clara nous attend dans son domaine familial. Depuis 5 générations, ce terroir héroïque où les ceps s’accrochent aux derniers maillons des Pyrénées et bordés par la mer Méditerranée s’étend sur 16 hectares de shiste où tout se cultive manuellement. « C’est ma mère, Maguy Piétri-Géraud qui m’a transmis le Domaine, mais aussi le souffle et la passion pour ce terroir. Elle est toujours à mes côtés et porte un regard bienveillant à la destinée du Domaine ». Nous partons avec Robert, conteur et œnologue, pour une promenade de 2 heures au travers de ses vignes en terrasse. Il nous dévoile les plus beaux secrets de la côte vermeille et nous entraine dans une dégustation bien méritée des différents crus Piétri-Clara souvent médaillés. Laetitia nous raconte avec beaucoup d’émotions sa cuvée rouge exceptionnelle « le Moulin de la Cortine » qui a reçu la médaille d’or au Concours général agricole de Paris en 2003.

La chaleur est intense, nous redescendons vers les ruelles de Collioure déjeuner simplement de tomates, melon, pain et fruits frais assis sur le muret de pierres sèches face à la mer.

Notre périple touche à sa fin et dans la moiteur de l’après-midi qui s’allonge nous profitons de la Méditerranée et des joies de la baignade. Dans le centre historique, à 300 mètres du château royal et de la plage, nous posons nos valises à la Bona Casa, petit hôtel aux chambres simples et emplies de charme.

Nous sommes attendus sur le port pour une fin de journée atypique, une promenade en mer. Éric, le skipper nous embarque sur son magnifique Savannah, un monocoque au large carré et pont de teck.

Le soleil va se coucher doucement mais nous continuons à naviguer tranquillement le long de la côte. Nous avons réservé le dîner romantique sur l’eau avec coquillages et poissons grillés.

La cloche de l’église égrène les 12 coups de minuit quand nous rejoignons la terre ferme.

CategoriesNon classé